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Joindre le geste à la parole : l’Indonésie teste le riz à faible teneur en carbone… et les résultats sont déjà visibles

Par Deepti Saksena

Par une journée ensoleillée à Boyolali, des champs en terrasse s’étendent à perte de vue alors que des agriculteurs, des fonctionnaires, des chercheurs et des négociants en riz les parcourent, en réfléchissant ensemble à la manière dont les connaissances ont façonné de nouvelles normes de production, notamment en mettant fin à l’inondation quotidienne des rizières.

Sur le papier, c’est un changement modeste. Mais pour l’Indonésie – l’un des plus grands producteurs de riz au monde, un pays cherchant à équilibrer les tensions dues au changement climatique, au stress hydrique et aux problèmes de subsistance urgents – ce changement fait partie d’une transformation beaucoup plus vaste. Le riz à faible teneur en carbone n’est plus un projet préliminaire débattu dans les salles de réunion. Il est cultivé, transformé et discrètement mangé. 

Ce mois-ci, dix représentants de toute la chaîne de valeur du riz se sont déplacés à travers la province de Java Centre pour voir de près ce changement. Leur visite constitue un jalon dans le (LCRP/Low Carbon Rice Project), par son sigle anglais, Projet Riz à faible teneur carbone, commencé en 2022, financé par l’Union européenne et dirigé par Preferred by Nature. L’hypothèse du projet est moins simple qu’il n’y paraît : si les agriculteurs, les usines et les gouvernements locaux pouvaient s’aligner sur de meilleures pratiques, l’Indonésie pourrait réduire ses émissions, restaurer la santé du sol et construire un secteur rizicole résilient face aux pressions qui pèsent sur lui. Plus convaincant encore, cette hypothèse ne concerne pas que l’Indonésie : elle offre un modèle pouvant être appliqué dans les pays producteurs de riz partout dans le monde.  

 

« Auparavant, nous irriguions tous les jours. Aujourd’hui, nous planifions. »

À Tanjungsari Village, où les rizières verdoyantes s’étendent jusqu’aux contreforts des collines, les changements sont perceptibles. Ici, RICEsilience soutient des parcelles d’essai spécifiques gérées par 25 producteurs référents sur chaque site, chacun d’eux appliquant les principes SRP avec l’aide d’agents de développement agricole et du personnel de Rikolto. 

« Nous avons réduit de moitié l’utilisation des fertilisants », dit Mme. Jujuk, l’une des productrices référentes du programme. « Auparavant, nous irriguions au quotidien. Maintenant, nous suivons le cycle de chaque culture et nous irriguons seulement quand il le faut. »

La modification survient après l’introduction de la méthode d’irrigation alternée (AWD, par son sigle anglais), une méthode permettant d’économiser l’eau, qui a fait ses preuves dans la réduction des émissions de méthane tout en maintenant les rendements. Avec un usage plus précis des fertilisants, cela représente une petite révolution dans les faits. 

Supriyanto, le chef du village, dit que le lien social est aussi important que la technique : « les producteurs du programme SRP sont actifs : ils partagent leurs connaissances, leurs progrès, leurs défis. Notre rôle consiste à aider et accompagner. »

Pour Ratih Rahmawati, cogestionnaire du programme RICEsilience chez Rikolto, cette collaboration est le pilier du progrès.

« Le riz à faible teneur carbone dépend d’une coopération étroite entre les producteurs, les agents de terrain, les coopératives et les autorités locales », dit-elle. « C’est ainsi que nous construisons un système durable. »
 

 

À l’intérieur de l’usine : là où les moteurs diesel se taisent

Après un court trajet, le groupe s’arrête à Bogo Foods, une minoterie produisant environ 16 tonnes mensuelles de riz biologique rouge, noir, brun et blanc. 

Son propriétaire, Muhadi, montre aux visiteurs les machines électriques qui ont remplacé son vieil équipement diesel. Cette modernisation, soutenue par LCRP, fait partie d’un changement plus global : certification en agriculture biologique, approvisionnement transparent pour 90 producteurs et des plans pour une traçabilité complète du produit au moyen de codes QR sur les emballages.

« Le fait de participer à des initiatives mondiales nous permet de recevoir des informations venant de l’étranger », dit Muhadi. « Nous sommes donc obligés d’innover ».

Les autorités locales sont enthousiastes. Bambang Jiyanto, de l’Agence de sécurité alimentaire de Boyolali, accompagné des agents de développement agricole Gunawan et Arifah, a salué la transformation des minoteries. 

« C’est ce genre de production « naturelle » que nous voulons voir se développer », ont-ils dit dans une déclaration conjointe.

Les observateurs de l’Institut international pour la recherche sur le riz (IRRI par son sigle anglais) étaient également impressionnés.

« Cette transition est basée sur une vision claire », a remarqué le Dr. Prakashan Chellattan, économiste agricole principal de l’IRRI.
 

 

De la ferme à l’assiette : le riz à faible teneur carbone fait son entrée au menu

Le signe le plus convaincant de cet élan se trouve peut-être au-delà des champs et des minoteries. Le riz à faible teneur carbone produit dans des usines de transformation soutenues par le LCRP est déjà servi en Java Centre.

Chez Boemisoera, un restaurant à Semarang, les clients mangent des plats préparés exclusivement avec le riz de Bogo Foods.

Vivi Susanto, responsable des opérations, explique : « Nous proposons du riz à faible teneur carbone comme une partie de notre stratégie. Les consommateurs veulent contribuer à un changement significatif et nous leur en donnons les moyens. »
 

Au cours d’une table ronde suivant la visite de terrain, les parties prenantes de l’IRRI, du Kerala Climate Resilient Agriculture Project (Projet d’agriculture résiliente au changement climatique de Kerala), de la Banque mondiale, d’ONG locales et des facilitateurs agricoles ont été d’accord sur le fait que la demande apparaissait mais que son développement exigeait le soutien coordonné du gouvernement et des marchés.

« L’Indonésie fait preuve d’une vision fortement orientée vers l’avenir », souligne Aadarsh Mohandas, responsable mondial des produits de base riz de Preferred By Nature. 
 

 

Une dynamique politique émergente

Au-delà des exploitations et des restaurants, le projet a fait avancer la politique. LCRP a présenté six versions préliminaires dans les provinces de Java oriental et de Java central et, en 2023, l’Indonésie a établi un Groupe de travail national pour la Plateforme pour le riz durable. Il réunit les parties prenantes au long de la chaîne de valeur – des producteurs aux minotiers, des scientifiques au gouvernement – afin de promouvoir une réforme à long terme. 

S’agissant d’un secteur où la politique, la science et l’agriculture travaillent souvent isolément, cette coordination est peu fréquente.

 

 

Un essai de quatre ans pour réinventer le système rizicole de l’Indonésie

Le Low Carbon Rice Projet (Projet Riz à faible teneur carbone, LCRP par son sigle anglais) cherche à relever ces défis dans cinq districts de Java oriental et Java central. Son approche intègre les aspects technique et politique : formation au niveau des producteurs, transition énergétique pour les minoteries et l’idée de rassembler les parties prenantes publiques et privées dans une même salle. Après quatre ans, les chiffres sont frappants.  

  • 2 600 agriculteurs sont maintenant en rapport avec 13 minoteries grâce à des partenariats de production structurés.
  • 68 petites minoteries ont changé leurs équipements diesel contre des équipements électriques, ce qui a permis de réduire jusqu’à 40% des coûts opérationnels et les émissions, de 15% environ. 
  • Des recommandations politiques préliminaires ont été présentées aux gouvernements de cinq districts, pour promouvoir des règlementations qui récompensent les pratiques durables. 
     

Le projet est dirigé par une coalition : Preferred by Nature ; PERPADI, l’association des minoteries rizières, et KRKP, une organisation préconisant la souveraineté alimentaire. En parallèle avec cela, le programme RICEsilience, financé par CISU et mis en œuvre par Preferred by Nature, Rikolto et KRKP, est aussi en cours. RICEsilience travaille avec les mêmes agriculteurs, mais à travers le prisme de la norme de la Plateforme pour la culture durable du riz (SRP, Sustainable Rice Platform), ce qui se rapproche le plus d’une référence mondiale en matière de durabilité dans le secteur rizicole.

Les deux initiatives réussissent ensemble quelque chose d’inhabituel dans l’économie du riz indonésienne : une chaîne à faible teneur carbone de bout en bout, traçable et clairement meilleure, aussi bien pour les producteurs que pour les sols.  
 

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