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Les femmes prennent leur destin en main dans les hautes terres du Kerala

Par Deepti Saksena

Une coopérative agricole totalement féminine, dans les hauts plateaux caféiers de l'Inde, met de l'argent directement entre les mains des femmes – en transformant discrètement la société qui les entoure. 

Dans les collines brumeuses du Kerala, quelque chose de discret mais significatif prend racine. Aux côtés des caféiers et des jardins d’épices qui depuis des générations font vivre les familles des hautes terres, une autre forme de culture apparaît : l’indépendance des femmes.

La coopérative Plantrich compte 5 000 membres, dont 130 font partie d'un collectif agricole exclusivement féminin – considéré unique en Inde. Pour les femmes impliquées, la coopérative a transformé non seulement leur situation financière, mais aussi leur place dans le monde.

Shiny Joy, à la tête du groupe de femmes, vit dans une maison traditionnelle des hauts plateaux, entourée de plantations de café, de curcuma, de gingembre, de clous de girofle et de poivre. Elle est mesurée mais lucide quant aux résultats de l’organisation. « C’est le meilleur arrangement pour les femmes, car, à ma connaissance, il n’existe qu’une seule organisation de ce type sous l’égide du Conseil du café en Inde. Nous bénéficions de nombreux avantages. Ils nous fournissent des jeunes plants, des engrais, etc. Cette organisation améliore notre niveau de vie. »
 

L’argent change tout

Le changement a été aussi bien culturel qu’économique. Dans les communautés des petits producteurs de Kerala, l’argent a longtemps été le domaine des hommes. Maintenant, les versements sont directement crédités sur les comptes bancaires des femmes – un changement qui peut sembler purement administratif, mais d’une importance sociale considérable. « Auparavant, dans presque toutes les familles, c’était au mari qu’il incombait de gérer les besoins financiers du foyer », dit Shiny. « Mais aujourd’hui, nous recevons l’argent directement sur nos comptes bancaires, et les primes ainsi que les bourses d’études ont amélioré notre niveau de vie. »

« Au début, elles avaient peur de sortir de chez elles. En dehors de leur famille, il n’y avait d’autre monde pour elles. Maintenant elles ont pris confiance en elles et savent qu'elles peuvent agir. » Seetha Thampi, programme pour les femmes de Plantrich

La coopérative Plantrich a été fondée en 1990 par Bijumon Kurian, qui se décrit lui-même comme un « passionné invétéré de l'agriculture biologique », après que l'utilisation généralisée du pesticide Endosulfan eut dévasté les communautés locales. « De nombreuses naissances ont été affectées, et beaucoup d’agriculteurs ont vu leur vie bouleversée par le cancer », explique-t-il. « C'est pourquoi j'ai eu l'idée de créer une entreprise bio. »
 

Actuellement, les membres pratiquent une agriculture organique selon des principes strictes, en recourant à des pratiques respectueuses de l'environnement pour réduire l'érosion des sols et protéger la biodiversité. Les données sont suivies via une application spécifique.

 

Reconnue par le monde

Pour la coopérative, le travail de Preferred by Nature a signifié un nouveau tournant. Aujourd’hui, les femmes peuvent protéger leurs terres contre l’érosion, améliorer la fertilité des sols et garantir la traçabilité que les acheteurs internationaux exigent de plus en plus. Pour beaucoup d’entre elles, c’est la première fois que leur travail est valorisé au-delà du marché local, ce qui leur ouvre les portes des marchés mondiaux et leur permet d’obtenir des prix plus équitables. Aadarsh Mohandas, directeur régional chez Preferred by Nature, en perçoit clairement l’impact.

 "La certification donne aux agriculteurs l’assurance que leur travail est important et que les acheteurs internationaux sont prêts à le payer à sa juste valeur. Elle reconnaît le soin de l'environnement dont ils font preuve sur leurs terres et les changements sociaux qu'ils mettent en œuvre au sein de leurs communautés."

Seetha Thampi, responsable du programme des femmes, a observé une transformation plus large. « Au début, elles avaient peur de sortir de chez elles. En dehors de leur famille, il n’y avait pas de monde pour elles. Aujourd’hui, elles ont commencé à aller dehors pour assister aux réunions et aux formations. Elles ont désormais pris confiance en elles et savent qu’elles sont capables d’agir. »

Quant à la résistance des maris ? Seetha est pragmatique. « Dès que l'argent commence à rentrer, les femmes deviennent très fortes. »
 

 

 

 

Photos gracieusement fournies par : Benjamin Holst/Preferred by Nature

 

 


 

 

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