Navigateur des outils de traçabilité : instaurer la transparence sur un marché de technologies durables fragmenté
À mesure que la surveillance réglementaire des chaînes d'approvisionnement mondiales se renforce, les outils de traçabilité numérique se sont multipliés. Mais pour de nombreuses entreprises, il est devenu difficile de s'y retrouver sur ce marché. Tobias Stäuble, responsable mondial de la traçabilité chez Preferred by Nature, pense que la solution ne réside pas dans la promotion d'une plateforme unique, mais dans la mise en place d'une transparence entre toutes ces plateformes.
Développé en collaboration avec le WWF et financé en partie par l’ISEAL Innovations Fund, le nouveau navigateur des outils de traçabilité vise à offrir une vue d'ensemble impartiale des systèmes existants. C’est une initiative à but non lucratif qui, comme le souligne M. Stäuble, évite délibérément tout parti pris commercial.
« Le marché est totalement libre », dit-il. « Les autorités de régulation ne peuvent privilégier aucun outil. Donc, les opérateurs et les autres acteurs de la chaîne d’approvisionnement doivent se débrouiller seuls dans un écosystème très dynamique. »
« L'idée était de créer une source d'informations neutre permettant de comparer les outils selon un ensemble de critères communs », dit M. Stäuble.
Une multiplicité d’outils
La demande en matière de traçabilité a fortement augmenté, à cause de textes législatifs tels que le règlement de l'UE sur la déforestation (EUDR), ainsi que des programmes de certification et des engagements ESG des entreprises. Beaucoup de ces exigences reposent sur la capacité des entreprises à collecter et à analyser les données relatives à la chaîne d'approvisionnement, notamment la géolocalisation et les risques de déforestation.
En réponse, une vague de nouveaux prestataires est apparu sur le marché, proposant des solutions allant de la collecte de données lors de la récolte à la surveillance forestière par satellite.
« Le besoin de traçabilité s'est accru ces dernières années en raison de plusieurs facteurs », explique M. Stäuble. « Mais cela s'accompagne également d'une certaine confusion. Plusieurs groupes d'utilisateurs ont exprimé le besoin de clarté sur le fonctionnement de ces outils et sur ce qu'ils offrent. »
Éliminer les cloisonnements
Le navigateur ne classe ni ne recommande aucun produit. Plutôt il répertorie les outils en fonction d'un référentiel de fonctionnalités commun, élaboré à l'issue de consultations approfondies avec des experts, des fournisseurs d'outils et des utilisateurs. Dans sa version initiale, le site affichera les informations sur les outils telles qu'informées par les fournisseurs. Toutefois, d'ici fin 2026, un processus de validation facultatif, payant, sera mis en place.
« L'idée était de créer une source d'informations neutre permettant de comparer les outils selon un cadre de critères communs », dit M. Stäuble
Ce projet porte surtout sur l'interopérabilité et l'harmonisation. En rendant visibles les fonctionnalités – de la couverture des produits de base aux capacités d'évaluation des risques –, les partenaires espèrent réduire les doublons et favoriser la compatibilité entre les systèmes.
« Nous concevons ce projet pour qu’il puisse évoluer et s’adapter aux besoins des utilisateurs », ajoute M. Stäuble, signalant que les prestataires peuvent proposer des fonctionnalités supplémentaires et apporter leurs suggestions pour mettre à jour le cadre.
 qui s'adresse-t-il ?
Le public cible comprend les opérateurs soumis à la réglementation, les opérateurs invités à s'intégrer aux systèmes numériques, les organismes de certification qui cherchent des partenariats, ainsi que les autorités qui se préparent à faire respecter la réglementation.
Les coûts restent un facteur à considérer dans l’écosystème au sens large. Les ensembles de données publiques, tels que ceux publiés par les institutions de l'UE, peuvent faciliter la diligence raisonnable dans certains cas. Mais les analyses plus poussées – comme l'utilisation d'images satellites actualisées – ont un coût.
« Par exemple, les données satellitaires à haute résolution, spécifiques à un moment et à un lieu, ou les analyses des experts sur les données et les éléments de preuve relatifs à la chaîne d’approvisionnement ont un coût », dit M. Stäuble.
« C’est pourquoi ces outils ne sont pas gratuits. Mais ils permettent une analyse plus précise et plus fiable du risque de déforestation. »
Il prend soin, toutefois, de ne pas présenter le navigateur comme un gardien.
« Nous ne voulons pas exagérer ni recommander quelque chose dont nous ne sommes pas certains que ce soit une recommandation claire. »
Au contraire, a plateforme offre une transparence structurée dans un domaine en constante évolution – une tentative, comme dit M. Stäuble, de veiller à ce que les attentes croissantes en matière de traçabilité s’accompagnent d’informations plus claires sur les outils conçus pour y répondre.
Une version bêta du navigateur des outils de traçabilité sera lancée en avant-première en avril. PbN et le WWF invitent les fournisseurs à proposer des outils pertinents pour leur intégration sur ce site web spécifique.
Ce projet est rendu possible grâce à une subvention du Fonds ISEAL pour l’innovation, qui a le soutien du Secrétariat d'État à l'économie (SECO) de la Confédération suisse et du Département du Développement international du gouvernement britannique. La consultation sur les critères et la conception de la plateforme est en cours, et la première plateforme de test devrait être prête au premier trimestre 2026.
Photo en vedette gracieusement fournie par Tobias Stäuble / Preferred by Nature
Navigateur des outils de traçabilité
Qu'est-ce que c'est ?
Une plateforme publique en ligne à but non lucratif qui compare les outils de traçabilité et de diligence raisonnable dans la chaîne d'approvisionnement.
Qui est à l’origine de cela ?
Preferred by Nature and WWF
Quel est l’objectif ?
Assurer la transparence et l'interopérabilité dans le domaine de la traçabilité.
Comment fonctionne-t-il ?
Les outils sont répertoriés selon un référentiel commun de fonctionnalités élaboré en concertation avec les parties prenantes, ce qui permet aux utilisateurs de filtrer et de comparer les fonctionnalités.
À qui s'adresse-t-il ?
Aux entreprises, aux organismes de certification, aux acteurs de la chaîne d’approvisionnement, aux fournisseurs d'outils et aux autorités qui doivent s'adapter à l'évolution des exigences réglementaires et en matière de développement durable.