Ancien Directeur de l’intégrité du FSC : 20 à 30 % des déclarations sont fausses, et le FSC regarde ailleurs
Le label FSC garantit des produits provenant de sources responsables. Mais Phil Guillery, ancien Directeur de l’intégrité du FSC, dit que cette confiance s’est érodée de l’intérieur. Dans un interview accordé à Preferred by Nature, M. Guillery révèle que jusqu’à un tiers des déclarations FSC pourraient être fausses, et que la lenteur à reformer le système risque de compromettre des décennies de travail sur la crédibilité forestière.
Lorsque le Forest Stewardship Council (FSC) a été créé, au début des années 1990, il promettait une idée simple mais puissante : un label pour garantir aux consommateurs que leurs produits en bois et en papier provenaient de forêts gérées de manière responsable.
Trente ans plus tard, le logo FSC est considéré l’un des labels environnementaux les plus reconnaissables au monde. Pourtant, Phil Guillery, qui a été le Directeur de l’intégrité du système au sein de l’organisation jusqu’en 2021, affirme que cette promesse a souvent été compromise par des faiblesses systémiques.
« Pour le FSC, le cœur du système repose sur la confiance dans le label », explique Guillery. « Lorsqu'un produit porte le label « FSC 100 % » ou « FSC Controlled Wood », les consommateurs considèrent qu’ils achètent exactement ce qui est indiqué. Techniquement, le FSC n’est pas un système de traçabilité complet, mais en principe, vous devriez pouvoir retracer le chemin jusqu’à la source et vérifier que c’est vrai. Lorsque le label reflète la réalité, le système fonctionne. Mais si ce n’est pas le cas, toute la marque est mise en question. »
Un système susceptible d’abus
Phil Guillery explique qu’au moment d’examiner pour la première fois les chaînes d’approvisionnement en détail, il a été choqué par l’étendue des fausses déclarations. Ce n’étaient pas seulement quelques acteurs isolés, mais il s’agissait d’un phénomène systémique.
« Les entreprises ont fait passer du bois non certifié FSC en prétendant qu’il l’était, sachant que les auditeurs pouvaient difficilement s’en apercevoir. Les règles rendaient la fraude facile et très difficile à détecter. C’était là le problème de crédibilité auquel nous étions confrontés. »
L'une des lacunes principales, selon lui, était l’absence d’un système de contrôle des volumes. « Sans cela, les entreprises pouvaient dire qu’elles achetaient une certaine quantité de bois certifié FSC, et puis continuer à passer du bois non certifié pour du bois FSC. Les auditeurs ne vérifiaient que la certification du fournisseur, et non si les volumes équivalaient », explique Phil Guillery.
« J'ai estimé que 20 à 30 % des déclarations dans le système étaient fausses. C’était il y a quelques années, et je n’ai rien vu qui suggère que ce chiffre ait baissé depuis. »
Phil Guillery
Ancien Directeur de l’intégrité du système du FSC
Fausses tables à snowboard et crédibilité perdue
« Pendant plusieurs années, presque toutes les tables à snowboard vendues en Europe et aux États-Unis portaient le label FSC. Mais, lorsque nous avons mené notre enquête, nous avons découvert que presque dans tous les cas c’était faux. Des séries entières étaient commercialisées sous le label FSC alors que les matériaux ne l’étaient pas. »
Guillery soutient que le manque de transparence aggrave les dégâts. « Le FSC n’a jamais vraiment reconnu l’ampleur du problème. Sans une claire reconnaissance de ces questions, les membres et le public continuent de croire que le système est plus solide qu’il ne l’est en réalité », dit-il.
Réformes fragmentaires, résistance persistante
Pour remédier à cette question, Guillery et son équipe ont développé la Plateforme de déclarations en ligne (OCP) qui permet la mise en correspondance électronique des transactions et le rapprochement des volumes. Malheureusement, les réticences à propos de la confidentialité des données et la résistance au changement ont entravé son adoption.
Depuis le départ de Guillery en 2021, le FSC a remplacé l'OCP par FSC Trace, un système basé sur la blockchain. Cependant, FSC Trace n’est encore qu’à la phase de test bêta et ne permettra pas un contrôle total des volumes.
« Le FSC se sert de la vérification des transactions, mais avec 60 000 titulaires de certificats, vérifier quelques chaines d’approvisionnement chaque année est comme mettre un pansement sur un système cassé », a dit Phil Guillery.
« Ce n'est pas trop compliqué. La technologie existe. »
« 20-30% des déclarations étaient fausses »
Alors, où en est l’intégrité aujourd’hui ? Les sanctions contre la Russie ont coupé une grande partie de l’approvisionnement mondial en FSC, mais les enquêtes menées par Preferred by Nature et d’autres organisations montrent que le bois russe continue à approvisionner les chaînes mondiales. Parallèlement, le FSC a une croissance rapide en Chine, probablement accompagnée d’une augmentation de fausses déclarations.
« À l'époque, j’estimais que 20 à 30 % des déclarations étaient fausses », explique M. Guillery. « C’était il y a quelques années, et je n’ai rien vue qui suggère que ce chiffre ait baisse depuis. Ce qui a changé c’est que les tests scientifiques, comme l’analyse ADN et l'analyse isotopique, sont devenus moins coûteux, plus rapides et plus précis. Et que chaque fois qu’ils sont utilisés, ils tendent à révéler plus de fraudes que prévu. »
En se référant à des normes telles que RSPO et Textile Exchange, qui utilisent avec succès le contrôle des volumes, Phil Guillery affirme que le FSC doit agir maintenant, mettre en œuvre immédiatement un contrôle complet des volumes et le rendre obligatoire.
« Certaines des plus grandes marques mondiales, des vêtements sportifs aux détaillants, utilisent des systèmes de suivi des volumes avec les petits producteurs et les usines du monde entier. Alors, pourquoi le FSC avance-t-il toujours à pas de tortue ? Ce n’est pas une question de technologie, c'est une question de volonté », dit-il.
« Au lieu de craindre la transparence, le FSC devrait l’adopter »
Recommandations de Phil Guillery pour le FSC
1. Mettre en place dès maintenant un contrôle des volumes: Commencer par les chaînes d’approvisionnement à haut risque et rendre cette mesure obligatoire, puis l’étendre au total du système.
2. Repenser la chaîne de contrôle: Utiliser les tests ADN et isotopiques, ainsi que le suivi électronique des volumes, pour simplifier et renforcer le système.
3. Faire preuve de transparence envers les membres: Reconnaître ouvertement l’ampleur des fausses déclarations. La transparence peut être peu confortable, mais c’est le seul moyen de rétablir la confiance.
À propos de Phil Guillery

Phil Guillery est un expert en foresterie et en intégrité de la chaîne d’approvisionnement, avec plus de 25 d’expérience dans la gestion durable des forêts. Il est cofondateur et ancien Directeur exécutif de World Forest ID, et travaille actuellement comme consultant pour le Bureau de programmes internationaux du Service forestier américain et comme conseiller pour la Fondation Orchard House. Il est actuellement membre du conseil d’administration du FSC US.
De 2011 à 2021, Guillery a été Directeur de l’intégrité des systèmes au Forest Stewardship Council (FSC), où il a dirigé les efforts mondiaux de lutte contre la fraude et de renforcement de la traçabilité. Il a également occupé des postes de direction au Forest Trust, chez Dovetail Partners et à l'Institute for Agriculture and Trade Policy. Basé à Boulder, Colorado, il continue à travailler à la croisée de la technologie, de la politique et de la conservation des forêts.
Dernier appel pour sauver le FSC ?
Depuis trois décennies, le Forest Stewardship Council est à la pointe de la gestion responsable des forêts, avec le système de certification plus performant à ce jour. Mais alors que le FSC se prépare pour sa 10e Assemblée générale, il est confronté à des défis cruciaux. Des questions d’intégrité, de traçabilité et de confiance menacent sa survie. Dans cette série avant l’AG, nous nous tournons vers des personnalités clés qui ont influencé le FSC et qui continueront à le façonner, pour leur poser la question suivante : comment pouvons-nous assurer son avenir ?
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