« Nous avons soif de droits, pas d’années d'attente »
Au Panama, le FSC se confronte à un dilemme : bouger plus rapidement pour remédier à la situation forestière des communautés touchées ou renforcer la surveillance pour protéger sa crédibilité.
Lors de l’Assemblée générale du Forest Stewardship Council (FSC) au Panama, l’activiste indonésien Mangarah Silalahi a parlé calmement mais fermement de la longue attente pour une justice forestière.
« Depuis que l’entreprise a ouvert la zone il y a 25 ans, la forêt a été retirée à la population », a-t-il déclaré. « Aujourd'hui, ce processus de réparation est la première chance véritable pour eux de récupérer leurs droits. »
M. Silalahi représente le Forum indonésien de communication sur la foresterie communautaire (FKKM), qui soutient 12 villages de Sumatra et Kalimantan engagés dans le Cadre de remédiation (Remedy Framework) du FSC, un mécanisme pour traiter les préjudices sociaux et environnementaux causés par les entreprises d'exploitation forestière et de plantation.
Plus de 5 000 personnes, en incluant des femmes et des groupes marginalisés, ont signé des pétitions l’autorisant à parler en leur nom. « Ils veulent surtout que le processus de réparation se déroule sur le terrain », a-t-il déclaré. « Ils en ont assez des procédures. Ils veulent des résultats. »
Avant l'exploitation forestière commerciale, la région était couverte de forêts. « Les gens récoltaient des produits forestiers non ligneux, chassaient, cueillaient », explique M. Silalahi. « Lorsque l’entreprise a obtenu la licence, ils ont perdu leur forêt et leurs maisons. »
Le débat sur la Motion 28
Le Cadre de remédiation, lancé en 2022, permet aux entreprises auparavant dissociées de la certification FSC de la regagner après une remédiation vérifiée. En Indonésie, il est actuellement testé auprès des grands producteurs de pâte et de papier.
Une nouvelle proposition - la Motion 28 - a dominé les discussions au Panama. Ses partisans ont déclaré qu’elle renforcerait le cadre et améliorerait la responsabilité, tandis que ses détracteurs ont averti qu’elle risquait de retarder la justice pour les communautés qui attendent déjà.
« Si la Motion 28 est adoptée », a dit Silalahi, « il y aura neuf nouvelles exigences. Cela signifie que les droits de la communauté seront retardés. »
Gemma Tillack, directrice des politiques forestières au Rainforest Action Network, a dit que la motion avait été mal comprise.
« Il y a eu une confusion selon laquelle la Motion 28 empêcherait la mise en œuvre du Cadre de remédiation, mais ce ne sera pas le cas », a-t-elle déclaré. « Les amendements adoptés au Panama montrent clairement que les réparations continuent, tandis que le processus est renforcé en parallèle. La Motion 28 garantit que les entreprises ayant causé des dommages graves doivent assurer une véritable réparation sociale et environnementale avant de pouvoir réintégrer le système FSC. Il s'agit de renforcer la crédibilité et la confiance tout en poursuivant le travail. »
Patrick Anderson, du Forest Peoples Programme, qui travaille avec les communautés touchées en Indonésie, en est d’accord.
« Les communautés ont attendu assez longtemps, mais elles ont également été exclues du processus », a-t-il déclaré. « Actuellement il y a des évaluations indépendantes, avant même que les personnes sur le terrain ne sachent ce qui est évalué. La Motion 28 exige que les communautés bénéficient d'un soutien pour participer efficacement : formation, information, capacité de négociation. Cela permettra á long terme d’accélérer et de faire plus équitable la mise en œuvre des mesures correctives. »
Que pourrait signifier ce remède
Pour certaines communautés, la réparation peut passer par la restauration des terres ; pour d’autres par une indemnisation ou une aide à la subsistance. « Certains pourraient récupérer leur forêt », a déclaré M. Silalahi. « Mais pour ceux qui ont été déplacés, il sera difficile de reconstruire. Ils veulent une nouvelle vie. »
Il a signalé des exemples locaux, où des projets agroforestiers sont développés sur des terres restaurées. « Notre rôle est de faire un processus transparent et responsable, en guidant et en surveillant l’entreprise pour que les mesures correctives soient efficaces. »
Confiance fragile
Lorsqu'on lui a demandé s'il faisait confiance à des entreprises telles qu'APRIL pour tenir leurs promesses, Silalahi s'est montré prudent. « Il y a une pression du marché, alors faites pression sur eux pour qu'ils agissent. Nous devons instaurer la confiance et les amener à respecter les droits des communautés. »
Il a dit que cette confiance dépend du fait que les habitants de ces 12 villages constatent des progrès tangibles, et non davantage de paperasse.
À la fin de la réunion de Panama, Silalahi a lan´ce un appel simple :
« Nous avons besoin de respect pour les peuples et les communautés autochtones. Quelle que soit la décision que nous prendrons demain, elle leur sera transmise. »
Pour les 5 000 personnes de Sumatra et Kalimantan qui continuent à attendre une réparation, cette décision pourrait déterminer si des décennies de pertes vont finalement donner lieu à une restitution, ou ce ne sera qu’une nouvelle série de promesses.
Qu’est-ce que le Cadre de remédiation du FSC ?
- Créé pour remédier aux dommages environnementaux et sociaux causés dans le passé par des entreprises qui été retirées de la certification FSC.
- Exige des évaluations de référence, un engagement avec les détenteurs de droits concernés et une restauration ou compensation vérifiée.
- La Motion 28, débattue lors de l'Assemblée générale 2025 du FSC au Panama, vise à renforcer la supervision et la participation. Toutefois, les critiques disent qu’elle pourrait entraîner des retards et que sa portée se limite aux entreprises dissociées, sans avoir d’impact sur la majorité des entreprises appliquant Cadre de remédiation.