Un ingénieur forestier britannique au Panama : Timothy Synnott explique ce que le FSC devrait faire par la suite.
Lors de l’Assemblée Générale du FSC à Panama, Timothy Synnott, Directeur exécutif fondateur, réfléchit sur ces trois décennies de certification et de gouvernance et sur le fait que le FSC doit rester concentré sur sa mission principale et se souvenir de l’importance de dire « non ».
Dans la pénombre humide qui règne hors du centre de conférences, Timothy Synnott semble tout à fait à l’aise. Son regard vif, son humour pince-sans-rire et son anglais soutenu le distinguent parmi les centaines de délégués réunis pour l’Assemblée générale du Forest Stewardship Council. Cela fait plus de trente ans qu’il a contribué à la création de l’organisation, mais son engagement envers celle-ci n’a pratiquement pas faibli.
« J’ai vécu la majeure partie de ma vie sous les tropiques », dit-il d’un ton neutre. « En Ouganda pendant huit ans et au Mexique les trente-cinq dernières années. Cette chaleur ne me dérange donc pas. »
Timothy Synnott s’exprime avec la vitalité et le dynamisme d’une personne beaucoup plus jeune, puisant fréquemment dans les anecdotes d’une longue vie passée à voyager.
De Somerset aux tropiques
« Je suis né à Somerset pendant la guerre », dit-il. « Mon père était dans la marine et voulait nous éloigner le plus possible. J’ai grandi à la campagne et j’ai toujours su que je voulais travailler en plein air. Je n’aurais jamais pu être agriculteur, mais j’ai pensé pouvoir être ingénieur forestier. »
Après avoir étudié la sylviculture à Oxford, il est parti pour l’Ouganda. « J’y ai travaillé comme agent forestier régional : forêts tropicales, plantations, savanes, vulgarisation agricole. Cela m’a permis d’acquérir une vaste culture générale », se souvient-il. « Plus tard, j’y suis resté pour faire un doctorat à l’université Makerere. Idi Amin était alors président, mon doctorat m’a donc été techniquement décerné par Idi Amin. Personne n’a osé remettre en question sa crédibilité. »
Les premières années du FSC
Synnott fait remonter son engagement dans le FSC à une réunion organisée à Londres par le détaillant britannique B&Q.
« Ils ont été la première grande entreprise à se préoccuper ouvertement de la provenance de leur bois. Ils m’ont demandé d’examiner leurs fournisseurs : fabricants de meubles, fabricants de cuisines, en Europe, en Chine et ailleurs. Certains étaient acceptables, d’autres soulevaient des questions. Cela montrait qu’il était impossible de gérer les risques sans un système cohérent et crédible. Pas des slogans, pas de promesses, mais un système ».
Lorsque le FSC a été fondé, Synnott a participé aux discussions liées à sa formation. « Au moment de l’assemblée de sa fondation, j’étais déjà en contact avec la plupart des personnes qui s’en occupaient. J’avais travaillé avec des gouvernements, des ONG, des entreprises, j’avais compris leurs différentes positions. Lorsqu’ils ont commencé à chercher un directeur général, je leur ai dit que cela m’intéressait. Cela me semblait être la suite logique. »
« Toutes ces nouvelles idées sont bonnes – restauration, crédits carbone, services écosystémiques – mais si elles détournent l’attention du cœur de métier de FSC, elles deviennent un problème. »
Timothy Synnott
Premier Directeur exécutif du FSC (1994-2001)
« Une fois que vous avez perdu la confiance »
Plus de trente ans plus tard, le FCS est un sujet que Synnott connaît bien et qui l’inquiète. Le système de la chaîne de contrôle est soumis à une forte pression : « Au début, le système pouvait inclure un élément de confiance. L’auditeur faisait des visites régulières, apprenait à connaître le fonctionnement et cette continuité inspirait une certaine confiance. Mais le FSC gère à l’heure actuelle une chaîne d’approvisionnement mondiale très longue, avec de nombreux maillons. »
« Ceci rend tout le concept d’audit beaucoup plus complexe et, de ce fait, l’audit doit être beaucoup plus fiable, ce qui est un processus lent. C’est donc là que réside le problème aujourd’hui. Si vous perdez la confiance des gens, il faut des années pour la regagner », poursuit-il.
Synnott dit aussi clairement que le FSC ne peut se permettre d’ignorer les critiques extérieures. « Ce n’est peut-être pas seulement de la mauvaise presse. Il y a peut-être une raison à ces critiques. Je pense que certaines de ces organisations ont bien fait leur travail. Si ces critiques ne sont pas prises au sérieux et traitées de manière transparente, cela nuit à la confiance dans le système. Et c’est mauvais pour le FSC, pour ses partenaires et pour la crédibilité de la certification dans son ensemble. »
La gouvernance et le droit de refuser
Synnott croit que la structure démocratique du FSC constitue en même temps sa force et sa vulnérabilité. « C’est une organisation démocratique et cela a été vraiment précieux. Mais il y a une perception en ce sens que les décisions des membres sont contraignantes dans un sens légal. Et ce n’est pas le cas. Le Directeur exécutif et le conseil d’administration doivent pouvoir conserver le droit de dire non – ou de dire pas encore, ou pas à cette échelle. »
Il marque une pause avant d’ajouter : « Il doit y avoir un moyen de refuser ou de reporter sans que cela soit perçu comme une résistance. Autrement, on se retrouve avec trop d’initiatives et aucune hiérarchisation des priorités. Dire non, quand il le faut, fait partie de la bonne gouvernance. »
Il soutient depuis longtemps que le conseil d’administration a besoin d’un soutien plus professionnel. « Nous n’avons pas besoin d’un conseil d’administration comme celui d’une entreprise, mais de gens expérimentés dans la gestion de grandes organisations. Ils pourraient être invités à titre de conseillers – avant, pendant ou après les réunions du conseil – pour dire : « C’est une bonne idée, mais pensez au coût, au calendrier et aux risques. » Cela ne coûterait pas cher et renforcerait considérablement la prise de décisions. »
Le risque de perdre de vue son objectif
Suivant Synnott, l’un des principaux défis pour le FSC est de rester concentré sur son objectif. « On a désormais l’impression que le FSC consacre trop d’efforts à se consolider plutôt qu’à se concentrer sur sa fonction principale, à savoir, promouvoir la gestion forestière responsable par le biais de la certification », déclare-t-il. « Nous voyons des propositions concernant les crédits carbone, la restauration, les services écosystémiques. Ce sont tous des thèmes importants, mais s’ils détournent l’attention de la fonction première du FSC, ils deviennent un problème. »
« Le FSC dispose déjà de revenus importants grâce à son activité principale : sa certification et l’usage de son logo », poursuit-il. « Cela devrait suffire à relever ses défis primordiaux. Le risque survient lorsque l’organisation se lance sur chaque bonne idée qui apparaît. L’expansion doit suivre une stratégie claire, non l’enthousiasme du public. »
Les ONG, l’influence et l’obligation de rendre compte
Synnott réfléchit également sur la manière dont le paysage général de la défense de l’environnement a changé. « Greenpeace et les Amis de la Terre ne jouent plus le rôle conflictuel, comme ils le faisaient par le passé. De nombreuses ONG nationales dépendent du financement du gouvernement ou des entreprises, ce qui limite leur indépendance. Elles font du bon travail, mais elles ne peuvent pas critiquer leurs bailleurs de fonds ».
Il sourit à peine. « Quelqu’un a mentionné les influenceurs comme les nouveaux chiens de garde. Cette idée me semble bizarre. C’était une surprise pour moi, mais ils font peut-être partie de la réponse. Certains influenceurs, non pas ceux qui parlent de la mode ou du maquillage, mais ceux qui s’occupent de la durabilité et de la consommation, peuvent toucher des publics que les ONG n’atteignent plus. S’ils peuvent exiger le respect de l’obligation de rendre compte, cela pourrait avoir un effet très puissant. »
Un optimisme modéré
Malgré sa critique, Synnott reste optimiste et il est fortement impressionné par les membres du personnel qu’il vient de rencontrer. « Il y a de nouvelles personnes, plus jeunes. Il y a davantage de femmes que d’hommes âgés. Ma première impression est que le groupe est très dynamique. »
Il résume son point de vue : « Le FSC a été établi pour promouvoir la bonne gestion forestière au moyen de la certification. S’il conserve cette orientation et s’assure de la crédibilité du système de bout en bout, le logo continuera de signifier ce que les gens croient. C’est ce qui compte. »
À propos de Timothy Synnott

Timothy Synnott a été le premier Directeur exécutif du Forest Stewardship Council (FSC) entre 1994 et 2001. Ingénieur forestier britannique formé à Oxford, il a travaillé en Afrique, en Asie et en Amérique latine pendant six décennies. Installé actuellement au nord du Mexique, il continue de donner des conseils sur la foresterie durable et les systèmes de certification.
Dernière occasion pour sauver le FSC ?
Pendant trois décennies, le Forest Stewardship Council a été le fer de lance pour la gestion forestière responsable et c’est le système de certification le plus réussi jusqu’à présent. Alors que le FSC se prépare pour sa 10e. Assemblée générale, les défis à relever marquent un tournant. Sa survie est menacée par des questions liées à l’intégrité, à la traçabilité et à la confiance. Dans cette série précédant l’AG, nous nous sommes adressés à des figures clés qui ont influencé – et qui façonneront – l’itinéraire du FSC et nous avons demandé : Comment pouvons-nous assurer son avenir ?
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