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Ancien Directeur du FSC : « On ne peut pas diriger une ONG mondiale uniquement avec des idéaux »

Par Deepti Saksena

L'homme qui a sauvé le Forest Stewardship Council de la faillite dit que les idéaux seuls ne suffiront pas à le maintenir vivant. L’ancien Directeur exécutif Heiko Liedeker affirme que le FSC doit revoir sa gouvernance, prouver son impact et apprendre à communiquer sa valeur, sous peine de perdre sa crédibilité et sa pertinence.

Heiko Liedeker a sauvé le Forest Stewardship Council (FSC) de la faillite. Aujourd’hui, l’ancien Directeur exécutif affirme que l’organisation doit revoir sa gouvernance, adapter ses approches, ses systèmes et ses normes à ses objectifs et à sa réussite future, développer des mesures systématiques pour faire le suivi de ses performances, apprendre à communiquer sa valeur au monde entier et rétablir la confiance avec ses membres, réseaux mondiaux et parties prenantes.

« Je suis arrivé au FSC à un moment où il était dans une situation précaire, avec moins de deux mois d’existence devant lui », se souvient-il. « Les donateurs principaux -la Fondation Ford, le Wallace Global Fund, le Rockefeller Brothers Fund, le WWF et d’autres- ont compris la situation et ont aidé l’organisation à se remettre sur pied. Nous avons révisé les systèmes de normalisation et d’accréditation, élaboré des modèles commerciaux qui contribuent encore aujourd’hui au FSC, et commencé à réorganiser les opérations décentralisées. Le FSC A.C. est resté à Oaxaca, au Mexique, mais toutes les opérations ont été séparées juridiquement et transférés en Allemagne, un endroit plus stratégique pour guider, diriger et gérer les opérations et les réseaux mondiaux du FSC. »

« Le FSC a été construit sur le politiquement correct, mais la correction politique ne peut pas compenser le manque de compétence. »

Lorsque M. Liedeker a quitté ses fonctions en 2008, le FSC était passé d’une situation proche de la faillite à une situation stable. « Le FSC avait besoin de modèles de commerce et de gestion compétents, ainsi que de bases solides, stables et résilientes pour que ses activités puissent répondre aux attentes de ses membres, de ses partenaires de réseau et de ses constituants », dit-il.

 

Une démocratie sans direction

Selon M. Liedeker, les systèmes de gouvernance actuels peuvent être améliorés. Le FSC doit renforcer sa capacité avec décision, assurer une participation équitable et significative de ses membres, de ses partenaires de réseau et des parties prenantes, et superviser de manière efficace la mise en œuvre de ses systèmes et de ses réseaux mondiaux décentralisés.

« Nous constatons à bien des égards la même vulnérabilité aux problèmes observés il y a 20 ans », dit-il. « Il semble y avoir un manque de confiance dans les équipes professionnelles du FSC. Aujourd'hui, le FSC noie ses membres et ses constituants sous toutes sortes de détails techniques et d’informations opérationnelles, mais la transparence des informations, la prise de décision et la responsabilité du conseil d’administration du FSC et/ou des cadres professionnels du FSC ont diminué, voire souvent disparu. »

« J'ai toujours pensé que le FSC avait besoin d’une démocratie locale équitable, d’un engagement et d’une représentation soutenus par une expérience et des compétences professionnelles. Une bonne gouvernance est fondamentale pour instaurer la stabilité et la résilience. Elle permet une supervision efficace du réseau mondial du FSC en répondant aux attentes sociales, environnementales et économiques de ses membres et de ses constituants. »

 

Intégrité sous pression

Pour M. Liedeker, le problème plus profond est celui de la crédibilité.  « La gouvernance et l’intégrité sont les deux faces d’une même médaille », dit-il. « Sans une gouvernance efficace, il est impossible de maintenir le contrôle, l’intégrité et la responsabilité. »

Il propose une approche basée sur les risques en matière d’audit et de responsabilité.

« Si un petit propriétaire forestier au Danemark possède cinq hectares et ne présente que très peu de risques pour les systèmes FSC dans leur ensemble, son exploitation n’a pas besoin d’être auditée chaque année », explique-t-il. « Mais si une multinationale opère dans dix pays, avec une gamme de produits et des quantités considérables, ses opérations peuvent ajouter potentiellement beaucoup de risques aux systèmes du FSC. Si quelque chose tourne mal, cela peut très vite devenir un désastre pour la réputation du FSC et de ses membres. De telles opérations doivent être auditées selon les besoins afin d'atténuer les risques associés. »    

Il est également critique sur l'incapacité du système à contrôler le flux de matériaux certifiés. Il dit : « Nous parlons du contrôle des volumes depuis des années. Sans cela, il est impossible de savoir quelle quantité de bois certifié entre ou sort de la chaîne de valeur. C’est une question d’intégrité fondamentale, mais il y avoir une réticence à la mettre en œuvre. »

M. Liedeker estime également que le FSC doit mieux connaître son propre impact.  

« Nous ne disposons pas des indicateurs nécessaires », dit-il. « Nous ne savons pas suffisamment dans quelle mesure nos approches, nos normes et nos systèmes sont efficaces, ni quels sont les effets sociaux, économiques et écologiques de la mise en pratique de nos normes, systèmes et certifications. Améliorons-nous réellement la gestion forestière, ou nous ne faisons que créer un rituel bureaucratique ? La performance doit être plus qu’une hypothèse, elle doit se baser sur des preuves factuelles solides. L’évolution actuelle du FSC vers des systèmes axés sur les résultats est un excellent premier pas dans la bonne direction. »

 

Perdre la narrative

« FSC est une marque globale au potentiel extraordinaire. Elle dépend à 100 % de la communication, et pour le moment, elle ne semble pas à parvenir à raconter son histoire de manière convaincante », explique-t-il.

« Peu de personnes extérieures au système comprennent ce que fait le FSC et pourquoi c’est important. Plus encore, il semble que le FSC commence à perdre le soutien, l’engagement et l’implication de ses partisans et de ses membres. Souvent, l’organisation se parle à elle-même : des discussions interminables, consultations, motions et langage technique. Les membres, les partenaires du réseau et les constituants sembles de plus en plus incapables de suivre et de s’engager dans l’énorme portée, la quantité et la complexité des détails techniques et des informations opérationnelles diffusées par le FSC. »

« La communication n’est pas ce que le FSC veut dire, mais ce que le public comprend, retient et adopte. Ce n’est pas la quantité ou le détail qui importe dans la communication, mais la pertinence, la qualité, l’intégrité et la crédibilité qui incitent les membres, les partenaires du réseau et les constituants à s’engager et à suivre du FSC. La communication fait le lien entre l’intégrité et l’impact, l’engagement et la responsabilité », explique-t-il. « Le FSC doit montrer au monde ses réussites et que son travail est important, sinon sa crédibilité, son engagement et son soutien disparaîtront dans le silence. »

 

Pertinence ou redondance ?

Pourtant, M. Liedeker reste fier de ce que le FSC a accompli au fil des ans.

« Je suis très heureux que le FSC soit une organisation mondiale pertinente », déclare-t-il. « Il s’est considérablement développé, s’est professionnalisé et a mis en place l’infrastructure dont il avait besoin. Mais il doit maintenant décider quelle est la voie à suivre pour assurer son avenir et se professionnaliser à nouveau dans sa gouvernance, dans sa communication et dans la preuve de son impacte, qui ne se limite pas à la théorie mais qui fait réellement la différence dans le monde réel. Il est question de préparer le FSC à un avenir prospère et de mobiliser son énorme potentiel technique et politique. »

 

Trois points que le FSC doit attaquer

 

1.    Gouvernance et compétence 
Le concept visionnaire et la démocratie de base du FSC doivent être complétés par une expertise professionnelle dans la gestion, pour superviser efficacement la trajectoire du FSC vers un avenir couronné de succès.

 

2.    Preuve d’impact et d’intégrité
Développer des indicateurs de performance réels, adopter un audit sur la base des risques et un contrôle des volumes, et appliquer des sanctions en cas de non-conformité. Le FSC doit connaître l’efficacité de ses approches, normes et systèmes, ainsi que les effets sociaux, économiques et écologiques de la mise en œuvre de ses normes et de sa certification.
 

3.     Pertinence et communication
Le FSC doit mieux expliquer son importance à ses membres, partenaires de réseau, titulaires de certificats, électeurs, scientifiques, consommateurs, entreprises et décideurs politiques. Il doit montrer comment il contribue à atténuer les crises mondiales, en particulier le changement climatique, la perte de la biodiversité, la surexploitation des ressources et les inégalités sociales. Une communication crédible est essentielle pour instaurer la confiance et favoriser l'engagement. 
 

 

À propos de Heiko Liedeker

Heiko Liedeker a occupé un poste de Directeur exécutif du Forest Stewardship Council (FSC) de 2001 à 2008, menant l’organisation vers une importante restructuration financière et organisationnelle. Ancien Directeur du WWF et consultant en développement durable, il conseille depuis plus de trente ans des entreprises et des ONG en matière d’approvisionnement responsable, de certification et de gouvernance environnementale. Il continue à travailler comme conseiller indépendant auprès d’organisations du secteur forestier et reste actif dans la communauté mondiale du FSC.

 

Dernier appel pour sauver le FSC ?

Depuis trois décennies, le Forest Stewardship Council est à la pointe de la gestion responsable des forêts, avec le système de certification plus performant à ce jour. Mais alors que le FSC se prépare pour sa 10e Assemblée générale, il est confronté à des défis cruciaux. Des questions d’intégrité, de traçabilité et de confiance menacent sa survie. Dans cette série avant l’AG, nous nous tournons vers des personnalités clés qui ont influencé le FSC et qui continueront à le façonner, pour leur poser la question suivante : comment pouvons-nous assurer son avenir ??

Rejoignez Preferred by Nature à l’Assemblée générale 2025 du FSC.

Contributors:

Benjamin Holst
Senior Communications Specialist, Global Editorial and Media
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