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Ancien Directeur du FSC : les forêts tropicales et l’intégrité sont des épreuves existentielles

Par Deepti Saksena

Le premier système mondial de certification forestière peut-il survivre à ses propres difficultés de croissance ? L’ancien Directeur du FSC, Andre de Freitas, réfléchit sur l’évolution du conseil -de son indépendance financière à l’approfondissement de ses liens avec les entreprises-, et souligne quatre défis qui, selon lui, détermineront son avenir : les forêts tropicales, l’intégrité, l’audit et la complexité.   

Lorsque Andre de Freitas a dirigé le Forest Stewardship Council (FSC) entre 2008 et 2012, il l'a conduit à travers une transformation. La dépendance des donateurs a cédé la place à un modèle économique autofinancé, les partenariats avec les entreprises se sont renforcés et le FSC a commencé s’occuper de questions épineuses concernant les limites de la certification. « Les donateurs nous ont dit : votre label est partout, vous ne pouvez plus compter sur notre financement », se souvient-il. « Nous devions trouver un modèle économique capable de supporter la croissance de l’organisation. Difficile, mais cela a fonctionné. »

Lorsque Andre de Freitas a dirigé le Forest Stewardship Council (FSC) entre 2008 et 2012, il l'a conduit à travers une transformation. La dépendance des donateurs a cédé la place à un modèle économique autofinancé, les partenariats avec les entreprises se sont renforcés et le FSC a commencé s’occuper de questions épineuses concernant les limites de la certification. « Les donateurs nous ont dit : votre label est partout, vous ne pouvez plus compter sur notre financement », se souvient-il. « Nous devions trouver un modèle économique capable de supporter la croissance de l’organisation. Difficile, mais cela a fonctionné. »

« Il était évident que le fait de compter sur des auditeurs qui visitaient les bureaux une fois par an pour examiner des documents papier n’était pas une méthode infaillible », explique M. de Freitas. « D’autres secteurs étaient déjà en train de faire des rapprochements électroniques des volumes. Si le FSC voulait être crédible, il devait aller au-delà d’un système basé sur le papier. »

« L'idée selon laquelle l’audit de la chaîne de contrôle offre une grande assurance est un mythe. »

Andre de Freitas, 2014

 

Le mythe de la chaîne de contrôle

Sa frustration par rapport à l’audit conventionnel n’est pas nouvelle. En 2014, deux ans après avoir quitté le FSC, M. de Freitas a publié un article très diffusé sur Linkedin, intitulé sans détour « Le mythe de la CoC ». Il avertissait que les auditeurs faisaient des visites préprogrammées dans les usines pouvaient peu probablement détecter le véritable risque d’intégrité : la fraude sur les volumes, qui consiste pour les entreprises à vendre plus de produits certifiés qu’elles n’auraient pu en acheter. 

« La seule façon de gérer un tel risque », écrivait-il alors, « est d’utiliser des outils de rapprochement des volumes ». Ils permettraient de comparer les entrées et les sorties tout au long des chaînes d’approvisionnement et pourraient être adaptées aux niveaux de risque, selon le rôle et le contexte de l’entreprise. Plus d’une décennie plus tard, il constate avec exaspération que le FSC n’a toujours pas fait ce saut.  

 

Quatre défis qui pourraient définir l’avenir du FSC 

Aujourd’hui, M. de Freitas voit quatre défis déterminant pour le FSC. 

En tête de la liste, les forêts tropicales. « La protection des forêts tropicales était l’une des raisons fondatrices du FSC. Mais son efficacité a été faible et elle continue de décliner. S’il n’y a pas de changement, davantage de forêts tropicales quitteront le système qu’elles n’y adhéreront. C’est une menace existentielle. »”

Deuxièmement, l’intégrité de la chaîne de contrôle. Près de 15 ans après la création de l'OCP, le FSC ne dispose toujours pas d’un système fiable de rapprochement des volumes. « Le seuil de fraude n’est pas élevé », dit-il. « Il n’est pas réaliste de croire qu’un auditeur peut détecter des problèmes lors d’une visite prévue d’une journée. Si le FSC veut rester crédible, il doit faire ce saut. »

Troisièmement, la marchandisation de la certification. Étant donné qu’un certificat a la même valeur marchande quel que soit celui qui l’a délivré, la seule concurrence entre les organismes d’audit est leur prix. « Cela donne lieu à une course vers le bas : des audits plus courts, des auditeurs avec moins d’expérience, un suivi moins rigoureux. À moins que le FSC ne repense son modèle pour récompenser la qualité, l’intégrité restera un sujet préoccupant. »

Enfin, il y a la complexité. « Au fil du temps, les systèmes continuent à ajouter des règles. Le FSC est devenu très complexe, difficile à comprendre, difficile à mettre en œuvre, difficile à garantir. Les auditeurs peuvent être dépassés et ne pas voir l’essentiel. La complexité risque de faire fuir les gens. »

 

Gouvernance ou leadership ?

Compte tenu des longues batailles autour de la chaîne de contrôle, la gouvernance du FSC est elle-même le problème ? De Freitas secoue la tête. « La gouvernance du FSC est l’un des systèmes multipartites les plus solide que je connaisse. Elle est complexe, lente et coûteuse, certes. Mais c’est aussi la raison de la légitimité de ses décisions. Ce qui manque souvent, c’est le leadership au sein des chambres, des champions capables de faire avancer les questions difficiles. »

Pour M. de Freitas, l’avenir du FSC dépend moins de nouveaux slogans ou d’une nouvelle image de marque que de sa capacité à remédier ces faiblesses systémiques. Sans mesures crédibles sur l’intégrité, les forêts tropicales, l’audit et la complexité, prévient-il, le FSV risque non seulement de perdre la confiance, mais aussi sa raison d’être. 

 

Les quatre priorités pour le FSC selon Andre de Freitas

 

1. Restaurer les forêts tropicales 
Le FSC doit prouver qu’il peut agir en faveur des forêts, ce qui était au cœur lors de sa création dans les années 1990.

2. Renforcer la chaîne de contrôle
Introduire des outils de rapprochement total des volumes pour prévenir la fraude dans les chaînes d’approvisionnement.

3. Repenser le modèle d’audit
Mettre fin à la course vers le bas en matière de certification, en récompensant la qualité plutôt que la concurrence sur les prix. 

4. Réduire la complexité
Simplifier les règles et les procédures afin que les auditeurs et les titulaires de certificats puissent se concentrer sur l’essentiel. 
 


À propos d’Andre de Freitas

Andre de Freitas est un expert brésilien en développement durable et ancien Directeur exécutif du Forest Stewardship Council (2008-2012). Il a occupé des postes de direction au sein du Sustainable Agriculture Network, d'Imaflora et de la Fondation Renova, en plus d’avoir un siège aux conseils d’administration de l'ISEAL Alliance et de l'ASI. Il est actuellement Directeur exécutif de Solidaridad.


Dernier appel pour sauver le FSC ?

Depuis trois décennies, le Forest Stewardship Council est à la pointe de la gestion responsable des forêts, avec le système de certification plus performant à ce jour. Mais alors que le FSC se prépare pour sa 10e Assemblée générale, il est confronté à des défis cruciaux. Des questions d’intégrité, de traçabilité et de confiance menacent sa survie. Dans cette série avant l’AG, nous nous tournons vers des personnalités clés qui ont influencé le FSC et qui continueront à le façonner, pour leur poser la question suivante : comment pouvons-nous assurer son avenir ?

Rejoignez Preferred by Nature à l’Assemblée générale 2025 du FSC.

Contributors:

Benjamin Holst
Senior Communications Specialist, Global Editorial and Media
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